Bloguloid

Something, but almost nothing

Month: December, 2017

Paris-Brest-Paris 2015, part 3: Where in the Hell is Villaines-la-Juhel?

Un accueil chaleureux...

Un accueil chaleureux…

D’habitude j’écris plutôt en français sur des affaires de vélo, mais il me semblait utile de commencer mon récit du Paris-Brest-Paris Randonneur en anglais pour atteindre le plus grand public international. Il y a pourtant des petits détails qui manquent à l’appel dans la langue de Shakespeare.

Par exemple, un québécois qui fait du cyclotourisme en France sera vite frappé par sa riche toponymie. Fini l’interminable passage de Saint-Machin à Notre-dame-de-la-Patente en passant par East Nowheresville! Au-delà du génocide de la tradition orale autochtone qu’ont commis les commissions de toponymie en purgeant les “noms sauvages“, c’est aussi juste fucking plate se perdre dans un champ de maïs en Montérégie parce qu’il t’a fallu suivre le rang des Soixante-Neuf vers St-Marc au lieu du rang des Beauchemin vers Ste-Martine ou whatever. Chose qui n’arrivera jamais en France, merci. Chose qui passera pas mal inaperçu pour l’anglophone unilingue.

Donc je vous fera ci-dessous une récapitulation francisante, deux ans plus tard, de ma randonnée jusqu’aux points de suspension de mon dernier billet à ce sujet (on dirait quelque part dans un champ de foin en Bretagne, pas loin de Tinténiac). Et je vous parlera de toponymie, car c’est de ça que je me suis aussi parlé pendant mon Paris-Brest-Paris, souvent à voix haute, pour éloigner le sommeil et me distraire de mes fesses en feu et mon pédalier de marde qui faisait ckrrkkr-krkk-rkrkr sur environ mille kilomètres. Mais il n’y a pas que la toponymie dans la vie.

Il y a aussi la pâtisserie.

Et le cidre.

Le bilan des deux premiers jours et trois nuits du PBP se résume à: deux bières, une bouteille de cidre, deux verres de cidre, six baguettines, un demi-paquet de Boursin, quatre crottins de chèvre, un pot de “Madame Loïk” (genre de fromage à la crème Liberté mais fabriqué à Longueuil-sur-Ille au lieu de Longueil-sur-Mer), des pâtes, encore des pâtes, environ 7000m de D+, huit heures de sommeil, encore plus d’heures de gossage aux contrôles ainsi qu’à la recherche d’un kouign amman (plus difficile d’en trouver en Bretagne qu’à Montréal, étonnamment), 70 km/h en descendant vers Landerneau, l’ascension du Roc’h Trevezel accomplie entièrement sur le gros plateau, un hypermarché, un Lidl, plusieurs bananes, du grelottement en masse pendant une nuit glaciale à Carhaix, des panneaux de route en breton, patati, patata, une galette saucisse, une crêpe.

I. C’est Dingé ton truc mon pote!

Les français ont des claviers AZERTY qui ne leur permettent pas de taper des accents sur les majuscules. Donc, ils ont pris l’habitude de les omettre un peu partout, même sur les panneaux de route. Cela fait en sorte que les milliers de villages dont le nom se termine en -É ont l’air de terminer en -E. Mais pourquoi tous ces villages-é, sourtout en Mayenne et Ille-et-Vilaine? On en a croisé une bonne dizaine, de Broué à Dingé en passant par Beaucé, Chantrigné, Brecé, alouette. (alouetté?).

En effet il s’agit d’une indice de la frontière linguistique entre le normand et le gallo, langue de la famille romaine qu’on parlait en Bretagne quand on ne parlait pas breton. Et moi qui pensais que tous ces noms en -ac faisait partie d’un passé celtique comme les personnages d’Astérix… mais non, au contraire, cette terminaison est la version gallo du latin -acum, comme on nommait les villes un peu partout. J’ignore ce que ça veut dire. Je suis aussi trop paresseux pour aller chercher sur Wikipédia pour vous, cher lecteur. En tout cas les normands ont transformé ça en -é mais l’original a été retenu partout dans la partie latinisante de la Bretagne, qu’on aura passée lorsque les villages en -ac cèdent la place aux villages en ker-…

II. C’est rigole l’eau, surtout en Bretagne!

Une rigole, c’est un genre de canal ou de fossé, et il y a un temps où les Français en ont creusé un peu partout dans l’intérieur de la Bretagne. Il semble que ça sert désormais à faire du vélo de montagne (du VTT en France… voilà de quoi faire de beaux malentendus transatlantiques…) ou quelque chose.

III. Charchigne… le jackpot de la beigne

Ce qui est vraiment le fun sur le Paris-Brest, c’est tout le monde qui est venu au bord de la route pour te saluer ou te vendre ou simplement t’offrir toute sorte de truc à manger et à boire.

20150817_202039.jpg

Treve de plaisanterie!  Pas le temps de niaiser!

Bien sûr l’endroit s’appelait « Charchigné » mais je trouve que le manque d’accent le donne un air de casino.  Et c’est là, un peu passé Villaines-la-Juhel, qu’une pâtisserie/boulangerie s’est posé une table le premier matin du Paris-Brest pour me vendre des beignes et du pain bien meilleur que ce que j’ai pu trouver aux contrôles.  C’est un conseil que j’ai appris un peu trop tard – il ne faut pas trop se soucier de l’alimentation sur Paris-Brest car il y aura toujours (même à 3h du matin) quelqu’un pour te vendre ou t’offrir quelque chose de bon.  Parfois pour quelques euros et parfois même juste pour la promesse d’une carte postale!

IV. On peut-tu encore croiser des Tremblay en Randonnai?

En partant de l’aéroport Charles-de-Gaulle (Roissy) à vélo, on est vite surpris de se trouver dans la municipalité qui porte le nom très ironique de Tremblay-en-France. Ils sont fous ces Français! Tout le monde sait que les Tremblay, ça vient du Saguenay, ou peut-être de Charlevoix, j’en sais pas trop. Voyons, qu’est-ce qu’ils font là-bas en France?

En plus, on est au milieu d’une de ces supposées zones de non-droit dont les politiciens américains et leurs admirateurs québécois caqo-meuto-conservateurs nous parlent sans cesse… le très épeurant 93. Je m’attendais à me faire voler avant d’être forcé de convertir à l’islam dans l’espace d’un kilomètre, mais pour la plupart je n’ai vu que des champs. Quelques épis de maïs m’ont quand même épié d’une manière quasi-menaçante…

20150813_144034.jpg

Très déçu par l’absence criant de pitbulls en train de mordre des kalach suspendues dans l’air ici à S.E.V.R.A.N.

Pour descendre à Paris j’ai du passer par quelques boisés et longer un genre de canal Lachine mais sans odeur d’égout, pour finir dans une agglomération de condos et anciens bâtiments industriels transformés en bureaux, le tout marqué par de plus en plus fortes concentrations de graffitis très colorés. En fait ça ressemblait pas mal à ce qu’on trouve en rentrant à Montréal de l’aéroport Pierre-Eliot-Trudeau (Dorval) à vélo.

(pour ceux qui ont manqué la joke dans la photo précédente)

Un « tremblay », comme j’ai appris plus tard (merci Wikipédia!), c’est tout simplement une forêt de … trembles. Facepalm! Et la région archi-plate et parfaite pour faire pousser du maïs et des aéroports qui entoure le nord-est de Paris s’appelle, étrangement, le « pays de France ». Mais l’histoire n’arrête pas là, parce que nos Tremblay nationaux et nationales sont vraiment parties* d’un tremblay, quelque part en France. Et on allait passer justement par là en route vers Brest!

*remarquez, cher lecteur ou lectrice, que cette phrase est doublement inclusive, juste pour faire chier Christian Rioux.

V. Perché en haut de la Mortagne

Si le Québécois lambda connaît une région de la France hors de Paris, les chances sont bonnes qu’il s’agit du Perche. Parce que les chances sont bonnes que ce Québécois s’appelle Tremblay et sont ancêtre est donc parti de là. En fait plusieurs patronymes du Canada tirent leur origine d’un Percheron qui s’est tanné de l’Ancien Régime et trouvait ça donc ben le fun d’aller s’installer dans la région de Québec. Il s’appelait peut-être Paul ou Pierre mais il viendra ici pour faire des Adélard, des Onésime, des Angélique, et des Francine qui engendreront à leur tour des Kéven, des Steeve, des Cynthia, et des Marie-Fleur.

J’aimerais écrire davantage sur la beauté de ce pays du Perche, avec ses majestueuses forêts (de trembles ou pas) et ses beaux chevaux robustes et élégants, mais il faisait noir dans les deux directions quand j’y ai passé, alors je n’ai strictement rien vu.

VI. Sainte-Marde-de-Réno-Dépôt

Je n’ai vraiment rien d’autre à dire, à part que, j’ai bien aimé faire des jokes plates sur le noms des lieux dans ma tête pour passer à travers 1225km de vélo. Je trouve ça triste que Saint-Mard n’a jamais fait partie de tous ces saints plus ou moins réels qui ont marqué le paysage québécois. Maintenant, il se trouve sûrement au ciel en train de chiller avec Sainte-Émélie-de-l’Énergie et Saint-Calixte-de-Kilkenny. Ils ont probablement parti une ligue de pétanque. Où peut-être il est en couple avec Saint-Michel-des-Saints qui, lui aussi, a vraiment existé.

Non, je vous niaise, car Dieu n’existe pas (au moins, il n’en existe aucune preuve véridique) et la vie éternelle non plus. Fait que, d’une certaine manière, tous les saints sont faux. Sorry!

VII. C’est donc ben plate le drouais…

img_20150820_011517.jpg

C’est ouf mon pote!

20150820_031912.jpg

Je l’ai bien mérité!

VIII. …jusqu’à ce que la pluie te coupe l’Élancourt

Ce qui m’a vraiment surpris sur ce Paris-Brest-Paris, c’est qu’il n’y avait aucune pluie jusqu’à la toute fin.  Une chance que je n’avait pas apporté un manteau vraiment imperméable.  J’avais dormi sous une table dans la cafétéria à Dreux jusqu’à l’aube en pensant reprendre un peu de force (il me restait aussi beaucoup de temps pour boucler les 60km qui restaient).  Malheureusement la pluie a eu la même idée que moi.

Le jeu de pédalier commençait à sérieusement m’énerver à ce point et les dernières heures m’ont parues très, très longues – heureusement, après la plaine très ennuyante du pays drouais, on a eu droit à une forêt domaniale et quelques belles montées pour se garder au chaud.  Par contre, les automobilistes sont devenus beaucoup moins courtois et les gens dans les villages, assez méfiants à l’égard des cyclistes, probablement sous l’effet de se trouver dans la troisième ou quatrième couronne de Paris.

Les cyclistes taïwanais ont vraiment eu l’affaire en matière de technologie – j’en ai vu qui avait même des tablettes fixées sur le guidon et alimentés par leur dynamo (en passant, le dynamo taïwanais SP et le chargeur Sinewave m’avaient très bien servi tout le long du P-B-P).  Après me faire doubler par un gars avec un assemblage de bébelles électroniques jumelé à un système de haut-parleurs pour l’accompagner avec de la musique, je me suis dit, pourquoi pas en faire pareil avec mon téléphone.  C’était donc sur un air faible de Freewheel Burning par Judas Priest que je suis rentré dans la grande région de Saint-Quentin-en-Yvelines.

La fin d’un Paris-Brest est assez décevant, surtout si l’on met presque 90h à le faire.  Les douches ont manqué de serviettes et on faisait la file pour un repas industriel réchauffé.  Pas de trouble car une grosse bouteille plastique de cidre m’attendait à l’AirBnB à Versailles!  Malheureusement, après m’être réuni avec Trevor (qui avait terminé 4-5 heurs avant moi, ayant sagement choisi de ne pas dormir à Dreux) et mangé presque toute la bouffe qui nous restait, il fallait me pointer à CDG (Roissy) vers 9h le lendemain.  Je n’étais pas sur d’être capable d’amener mon vélo sur le RER A car c’était en heure de pointe, et j’avais échoué à passer la barrière, mais heureusement le préposé qui m’a aidé … était lui aussi un ancien de Paris-Brest-Paris, qui m’a raconté l’enfer pluvieux de l’édition 2007.

20150821_161848.jpg

Ça c’est donc ben ouf!  Ma chéfour est toute étép!

En arrivant à Montréal avec mon vélo j’ai empoigné une tige de la fourche pour enlever la roue avant … pour constater qu’elle était complètement décalée et sur le point de détacher de la tige de direction.  Coudonc, j’avais fait 1225+ kilomètres de vélo avec une fourche craquée et un jeu de pédalier pété.  Et je le referais, sans hésitation!

Advertisements

Tout-inclus dans le Nord

J’ai enfin essayé une des sorties de ski de fond la Boutique Courir.  Alors que dans la région de Montréal une triste dizaine de centimètres de neige gisait au sol, dans le parc des Laurentides il y avait presqu’un mètre.  Étant donné que, avec la voiture et le billet de ski, ça me coûte déjà environ 40$ pour skier au parc du Mont St-Bruno (la seule place proche d’ici qui a réussi à ouvrir tous ses sentiers), un petit 59$ TTC pour aller skier près de Québec ça allait de soi.

Le problème, bien sûr, c’est que Québec, c’est loin.  Je suis parti à 6h15 de la maison et j’ai pris la 30 jusqu’à Berri-UQÀM où j’ai rencontré 4 ou 5 autre skieurs sur le quai de la ligne Jaune.  Une bonne quinzaine attendaient déjà à Longueuil.  Il faisait un beau -12 degrès avec un peu de neige quand on embarquait sur l’autocar.

DSC_2393.jpg

… trois heures plus tard …

DSC_2409.jpg

En fait c’est l’après-midi…

Non mais le trajet d’autobus a été assez sympathique.  Il venait même avec un petit jus et muffin.  J’ai vu Jean Robert du CVRM et on a jasé un peu vélo et ski.  J’ai tout essayé pour m’endormir mais ça n’a marché que sur la partie la plus belle du trajet… juste avant qu’on arrive au Camp Mercier.

J’ai souvent entendu que le seul vrai atout de ce centre de ski est qu’il reçoit des immenses quantités de neige, et j’ai été un peu déçu qu’il a été choisi au lieu du Mont Ste-Anne.  Le chalet d’accueil est quand même très … accueillant, avec une immense salle de fartage et même des fers fournis (mais aucune idée comment y régler la température car il s’agit de vulgaires fers à repasser!).  Ayant déjà préparé mes skis la veille je suis sorti tout de suite pour faire un peu de pas de patin, question de me “réchauffer” car il faisait environ -16.

J’avais pensé que, après une bonne centaine de kilomètres de ski à roulettes les derniers mois, le pas de patin sur des vrais skis de neige serait assez facile.  Et ça marchait, plus ou moins.  L’équilibre était très bon et j’ai bien réussi le pas de un sur le plat, même si la neige ne glissait pas vraiment bien.  Mais voilà que j’ai constaté que grimper sur l’asphalte ou le gravier fin sur des skis à roulette n’a vraiment rien à voir avec grimper sur une neige froide et abrasive… avec en plus des skis trop longs et probablement mal fartés.  J’étais surchauffé en “ta…” et je suis à peine retourné au chalet après un petit 4 km de galère!  Heureusement j’aurai 3h de route au retour pour regarder et analyser des vidéos de technique de grimpe en pas de patin, dont celle-ci que j’ai beaucoup appréciée avec son animateur … très animé:

En classique ça allait beaucoup mieux.  La glisse n’était encore pas trop au rendez-vous mais ça kickait super fort! J’ai failli faire la grande boucle de la 13-14 car je commençais à avoir très faim, donc j’ai coupé court par la 14A.

Mais elles sont comment les pistes?  Euh… comme c’est un établissement de la Sépaq, tout est très bien tracé, en double partout – du ski d’autoroute, on dirait.  Et comme c’est une Sépaq, tout est aussi plutôt facile.  Rien de très excitant ou en montée ou en descente.  Le parc du Mont Saint-Bruno est beaucoup plus amusant côté terrain.  L’attrait du Camp Mercier est d’abord la grosse neige partout, dans une vrai forêt boréale, car on est au-delà de 800m d’altitude pour la plupart.  On a même eu droit à une paire de geais gris qui se tenaient près du relais le Mésange (dont le nom…) et qui volaient des morceaux de barre tendre aux mains des skieurs!  Mais l’autre atout de ce centre est que, comme au parc du Mont-Tremblant, les sentiers sont aménagés en de très longues boucles, qui permettent de faire 20km ou plus d’un seul tour.  Malheureusement, j’ai été trop bunké pour faire plus que 26km total, qui donne un peu la sensation d’avoir gaspillé toute cette belle neige.

DSC_2399.jpg

Ce point de vue vous est présenté par Hydro-Québec

Ça bouffe toute la journée et même un peu de la nuit faire une sortie de même, alors j’aurais peut-être mieux fait juste d’aller au mont Saint-Bruno, ce que j’ai fini par faire le lendemain…  Lorsque les jours deviennent plus longs en janvier et les jambes sont plus aptes à faire 40-50km d’un coup je pense peut-être revenir et faire l’aller-retour à la Forêt Montmorency, car je n’ai aucune envie de refaire mon exploit de 80km sur le P’tit Train du Nord cette saison!