En ski de fond, sans ma voiture!

by dhdaines

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Je me prépare pour un autre gros défi sportif, cette fois en ski de fond.

Comme je suis un partisan de la démotorisation, et je n’aime pas beaucoup conduire non plus, il est un peu gênant pour moi de pratiquer un sport qui, bien que non-motorisé, ne se fait pas en porte-à-porte comme le vélo ou la course à pied.  On ne peut pas tous habiter Val-David, Morin-Heights, ou Craftsbury, et je trouve que Gatineau (secteur Hull) n’a pas d’allure à part son merveilleux parc éponyme.

J’irai jusqu’à dire qu’il serait mieux si moins de personnes habitait les Laurentides, car c’est un environnement qui supporte mal la surpopulation humaine; il n’est pas pour rien que les autochtones du coin ont toujours été nomades jusqu’à ce que nous avons essayé de les faire disparaître à coup de colonisation, de pensionnats et de réserves.  Et oui, le développement immobilier a aussi beaucoup nui à l’ancien réseau de pistes patrimoniales. Que faire, alors, si l’on veut habiter une ville densément peuplée comme il faut, tout en glissant parfois sur une piste impeccablement tracé à travers une belle forêt, et tout ça sans se tapant l’enfer de la 15 ou les ponts de la Rive-Sud?

Heureusement, pour quelques semaines en janvier, on a des excellentes pistes des ski sur le Mont-Royal (lignes 80, 11, 29, 97, 129, 435) et une piste moyenne au parc Maisonneuve (lignes 97, 197, 139, 439, 27, 185, verte) qui sont plutôt faciles d’accès en métro ou en bus.  On peut même essayer d’y skier en décembre ou en février.  Parfois il y a de la neige, et parfois celle-là n’est pas trop piétiné et même un peu tracé.  La piste des berges à Verdun jouit d’un emplacement idéal, à quelques dizaines de mètres de la station de métro de l’Église et le Benelux Wellington pour l’après-ski.  Malheureusement, neige et berges du fleuve exposées au soleil et au vent ne font pas bon ménage, et on risque de skier sur la glace ou sur le gazon la plupart du temps.  Pour ce qui est de la track du CP… oublie juste ça.  C’est une piste de course à pied et de promenade de chiens.  On se fait facturer 145$ pour traverser la track et 0$ pour marcher dans les sillons de ski de fond.  Cherchez l’erreur!

Alors, si on veut faire du ski, du bon ski, et oui, sans sa voiture (ou celle d’un autre, ou en location), que faire au juste?  Voici quatre options et une cinquième possibilité.  Un bon sac à skis facilite beaucoup les déplacements en autobus et métro.  J’ai aussi trouvé utile d’apporter un gros sac à dos avec des vêtements de rechange et un petit sac à dos pour faire du ski, que je rentre dans le gros sac jusqu’en arrivant aux pistes.  Cela pourrait être plus difficile s’il n’existe pas de chalet d’accueil, comme à Sainte-Adèle.

Option “tout inclus dans le Sud”: Boutique Courir ou Randonnée Aventure

Des sorties organisées existe chaque fin de semaine qui comprennent un autobus nolisé et parfois aussi de l’hébergement et de la nourriture.  Je n’ai pas encore essayé, mais des amis on fait quelques sorties avec Randonnée Aventure qu’ils ont bien aimées.  Les sorties de Boutique Courir visitent les meilleurs centre de ski de fond au Québec (et fort probablement au monde) comme le Camp Mercier / Forêt Montmorency et le Mont Sainte-Anne.  C’est quand même trois heures d’autobus de chaque direction alors il faut avoir du temps libre.

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Le bel autobus pas mal convivial de Randonnée Aventure

Le prix est beaucoup moins cher que prendre une voiture (même sa propre voiture si tous les coûts sont comptés…)

MISE À JOUR: Je viens de faire une sortie avec Randonnée Aventure et je le conseille sans hésiter. Nous sommes allés au Parc National du Mont-Tremblant, une destination incomparable qui n’est pas du tout accessible sans voiture, pour 45$ incluant l’accès au parc et aux pistes.  Les gens du club sont très sympathiques et il y en a plusieurs qui font aussi le marathon du ski (dont certains qui sont Coureurs des Bois Or)

Option “free if your time is worthless“: Cap-St-Jacques

Le parc-nature du Cap St-Jacques est le seul parc à Montréal à part le Mont-Royal qui propose un réseau de ski de fond qui vaut la peine de s’y rendre.  Et pourtant… c’est fucking loin surtout en autobus de la STM.  Dans le meilleur des mondes, si on habite à côté du métro… ça prend quand même une heure et demi.  Mais c’est complètement, cent pour cent grâtos avec une passe mensuelle de la STM, autant pour le ski que pour les transports, et le paysage qu’on voit de l’autobus (prison de Bordeaux, vieux Ste-Geneviève) est assez intéressant.

Le bois de Liesse s’y trouve en chemin, et c’est plutôt beau, mais il propose un réseau assez petit de sentiers et l’ambiance est un peu gâchée par le bruit de la 13 qui s’entend à plusieurs endroits.  Or, c’est presque aussi long de s’y rendre en autobus qu’au Cap St-Jacques car il faut quand même faire la correspondance entre la 69 et la 68.

Option “finalement c’est pas si pire que ça Laval”: Bois Duvernay

J’ai déjà été membre du club Coureurs des Boisés, qui gère les pistes du Bois Duvernay dans la zone agricole de Laval (un coin méconnu de plusieurs montréalais), mais jusqu’à récemment je m’y suis toujours rendu en voiture de Communauto, un trajet qui prend à peine 30 minutes du Plateau et encore moins de Rosemont.

Cependant, ça peut quand même couter cher, surtout si on veut skier plusieurs heures, et le stationnement déborde souvent quand les conditions sont belles en fin de semaine.  Avec l’aide de l’application Transit j’ai découvert l’autobus 48 de la STL, qui se rend de la station Cartier jusqu’au-déla du (ark) Méga-Centre (ark) Val-des-Brises, à moins d’un kilomètre du bois Duvernay.  Selon Google Maps, c’est un peu plus d’une heure de la station Mont-Royal.  De l’arrêt d’autobus au coin du rang du Haut-Saint-François à l’accueil du centre de ski est à peu près 10 minutes de marche.  En hiver il vaut mieux marcher sur le côté nord du rang car l’accotement y est déneigé.

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Voilà à quoi ressemble le rang à partir de l’arrêt d’autobus.

Une autre option intéressante est que, en tant que membre du club (ce qui ne coûte que $60 par saison, beaucoup moins qu’une passe de la Sépaq), on n’a pas besoin de passer par l’accueil pour s’embarquer sur les pistes, et on peut donc accéder au bois depuis l’arrêt d’autobus au coin de l’Empereur et des Ambassadeurs.  En marchant vers le nord sur des Ambassadeurs, on passe par une très courte voie d’accès d’Hydro-Québec qui mène à la montée Rouville.  Ensuite, on traverse un petit ruisseau et on prend à gauche sur un chemin de quad et de motoneige qui fait un petit raccourci vers le rang Saint-Elzéar.  Il faut simplement continuer tout droit sur ce chemin pour joindre la piste 3 du centre de ski.  C’est même possible de le faire en pas de patin car la surface est de la neige damée, sans aucune roche.  Il ne faut absolument pas penser à le faire sans être membre, car non seulement c’est vraiment pas fin envers un super beau centre de ski et ses bénévoles, mais les pistes sont aussi très bien patrouillées.  Attention, le chemin de quad n’est pas le “chemin Duvernay” qui se trouve sur Google Maps, qui n’existe pas (du moins en hiver).  Il se trouve juste à l’ouest de l’intersection de la montée Rouville et le rang Saint-Elzéar.

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Passage entre la banlieue de marde (avenue des Ambassadeurs) et le secteur agricole (montée Rouville/rang du Haut-Saint-François)

Il ne faut pas avoir peur des autobus de la STL.  Le seul reproche qu’on peut leur faire c’est qu’ils ne passent pas très souvent les fins de semaine.  Par contre, le système Synchro qui localise les autobus par GPS fonctionne depuis plusieurs ans et la STL a même eu le bon sens de fournir ses données à Transit pour qu’on puisse planifier son trajet en temps réel.  Aucune chance que le bus ne se pointe pas ou qu’il arrive en avance, comme à Montréal, et les correspondances entre bus fonctionnent par le biais d’immenses terminus reliées aux stations de métro.  J’ai presque l’impression d’être dans une gare de banlieue française, ce qui explique peut-être le dernier film de Xavier Dolan.  Les titres de la STL se chargent sur une carte OPUS, mais il faut utiliser les machines du terminus STL (en haut de l’escalier à la station Cartier) car celles de la STM sont défectueuses en cette matière.  Ce qui fait encore grincer c’est que ni la CAM de la STM, ni le titre de la STL, ni même le paquet de 10 passages de la STM (dafuq!) marchent pour revenir à Montréal sur le métro.  Il faut payer un aller simple à 3,25 $. Gracieusement, la STM vient tout juste de nous permettre aussi d’utiliser les titres allez-retour pour revenir de Laval et Longueuil, ce qui permet d’épargner un gros 50 sous.

On fait du bon ski classique au bois Duvernay.  C’est peut-être un des seuls endroits sur l’île Jésus avec un peu de relief (mais vraiment pas beaucoup) mais l’attrait est surtout la majestueuse forêt d’érables et de hêtres et les étroites pistes sinueuses qui sont méticuleusement tracés à une seule voie entre les arbres.  Il y a aussi l’étrange boisé “Blair Witch” des pistes 3 et 5, composé de petits arbustes et brousses tordus, que d’habitude je trouve glauque, mais après une tempête de verglas ça devient un endroit magique et scintillant.  Il faut absolument le voir.

Option “de luxe”: Val-David

Durant l’âge héroïque du ski de fond au Québec, on a pris le “p’tit train du nord”, qui fut un vrai train, de Montréal pour se rendre à Mont-Rolland, Val-Morin, Val-David, ou Sainte-Agathe puis ensuite s’embarquer sur le réseau de pistes qu’on appelle maintenant “patrimoniales” ou “historiques”.  Le train n’est plus, mais il s’est fait remplacer par une longue piste de ski, plate à mourir en ski classique, mais qui a le mérite de rester ouverte jusqu’en avril.  Malheureusement, il est devenu hors question de prendre ce “train” à partir de Montréal car il ne commence qu’à Saint-Jérôme (et souvent à Prévost, à cause des changements climatiques).  Le vrai train continue de se rendre jusqu’à Saint-Jérôme, mais pas très souvent (il semble que l’AMT a même annulé le service de fin de semaine dernièrement).

Or, tout n’est pas perdu, car il y a l’autobus Galland qui fait deux ou trois aller-retours par jour tout le long de la 117 de Montréal jusqu’à Mont-Laurier.  Il est possible d’embarquer soit à la gare d’autobus de Montréal, soit au terminus Cartier à Laval, qui est en fait un peu plus facile d’accès du métro (station Cartier) et quelques dollars moins cher (plus que les 3$ qu’il prend de retourner de Laval en métro).

Le hic, c’est que la 117 n’est pas très rapprochée des centres de ski de fond, sauf à deux endroits: Val-David et Sainte-Adèle.  Dernièrement, j’ai pris l’autobus à Val-David pour y passer deux nuits à l’excellent Auberge-Microbrasserie Le Baril Roulant et faire du ski dans le parc régional Val-David Val-Morin (autrement appellé “Far Hills”). L’auberge possède deux cartes d’accès pour le parc qu’il prête à ses visiteurs (premier arrivé, premier servi).  Puisqu’il est situé directement à côté du P’tit Train du Nord, qui traverse le centre du village, et mène à deux points d’accès au parc régional de l’autre côté du village, il est vraiment possible de faire du ski de fond de porte à porte sans être propriétaire d’un chalet.  C’est comme un rêve.

L’autobus coûte environ 45$ aller-retour de Montréal à Val-David et dépose ses passagers au Marché Gariépy, tout près du coin de la 117 et la rue de l’Église (qui est la rue principale du village).  C’est une marche agréable d’une quinzaine de minutes sur la rue de l’Église et la rue de l’Académie pour atteindre l’auberge, car on déneige les trottoirs à Val-David, au moins là ou ils existent.  Toutefois, un trajet encore plus court existe qui passe par le chemin de l’Île et un adorable pont piéton muni de poésie et œuvres d’art (on est bien à Val-David).

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Val-David vue du pont piéton. Selon l’inscription: “venez sans caméra, ce monde est vrai d’une rive à l’autre”.  En tant que millénial manqué je ne pouvait pas me passer de prendre une photo. Désolé.

Or, il est tout à fait possible de prendre l’autobus de Montréal le matin, marcher directement au P’tit Train, skier jusqu’au parc régional, faire une journée de ski, et revenir le soir après une bonne bière (voici l’horaire – on part de Montréal à 7h30, on arrive à Val-David à 9h45, et on revient à 18h).  En tant que petit empire, il existe aussi une brasserie du Baril Roulant sur la rue de l’Église.  Le village possède aussi quelques restaurants, dont le Jack Rabbit, qui ont l’air un peu trop chic pour des skieurs tout en sueur, mais on ne sait jamais…

Option “Jackrabbit”: Sainte-Adèle

Le départ des pistes de Sainte-Adèle, secteur ouest, se trouve à 1,5 km de l’arrêt de l’autobus Galland (attention, la carte ci-haut date de 2012 – celle de 2017 est ici).  Le réseau est gratuit d’accès et comporte une poignée de pistes tracées ainsi que l’accès au grand réseau de pistes historiques non-tracéees (tant qu’il existe encore…) qui permet de skier jusqu’à Sainte-Agathe en passant par Morin-Heights et Saint-Adolphe.  Il semble qu’un accès plus proche est aussi possible en skiant sur le lac Rond et en montant l’ancien piste de ski alpin de l’hôtel le Chantecler.

J’essaierai ces pistes la fin de semaine prochaine et j’en ferait un billet de blogue!

Bon ski à tous et toutes!

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