Éole et fils: brevet de randonneur de 400km

by dhdaines

https://www.strava.com/activities/310471059

Je me suis réveillé à 3h45 pile, 15 minutes avant le réveille-matin, comme d’habitude. J’avais pourtant planifié mon départ rigoureusement, ayant même moulu du café la veille pour me faire un expresso sans perturber le sommeil de ma femme. On annonçait 3 degrés ce matin et, bien que mon thermomètre en affichait encore 5, je savais qu’il ferait beaucoup plus froid après avoir franchi le pont Jacques-Cartier. J’hésitais entre le chandail en laine et les manches d’appoint (merci au site web de MEC pour m’avoir appris le français pour arm-warmers!). Finalement j’ai pris les manches en me disant que je les enlèverai assez bientôt de toute façon et j’avais pas envie d’embarrasser mon sac de guidon avec trop de linge.

On annonçait quand même 17 degrés, n’est-ce pas?

Avec juste un petit vent de 11 km/h avec rafales à 33. Rien de majeur.

En faisant ma mise au point du vélo j’ai pris soin d’enlever tous les fragments de verre coincés dans mes pneus ainsi que boucher les lacérations dans la bande de roulement avec de la «Amazing Goop», n’ayant pas envie d’une autre crevaison à la 10e borne comme sur le 300. En roulant vers le départ j’avais les doigts croisés très serrés… même si je suis parti à 4h15, j’étais pas sur d’arriver à temps si je pognais un flat. Heureusement la Goop a très bien tenu toute la journée, je pense même à faire pareil avant le 600 km, question de garder mes nouveaux pneus pour Paris-Brest-Paris!

Toute une gang de malades mentaux au stationnement, 27 en total, j’ai appris plus tard! Les habitués sont tous là, et surtout ceux qui visent Paris-Brest, faut passer les brevets le plus tôt possible pour avoir une marge de manœuvre…

Contrairement au 300 où je visais juste une ride relaxe ponctuée d’une bière, je me suis mis au défi de battre mon temps assez surprenant de 18h36 de l’année passée (où je me suis dit que je serais heureux d’être sous la barre de 20h). Après tout c’est comme 100 km de plat, 100 km de montagnes, 100 km de vallons, et 100 km de descente. Donc une fois la Scenic est passée c’est facile, quoi. Faut juste pas se forcer trop sur le premier 200 km, quoi.

On part en flèche (mais pas en Flèche Vélocio!) avec un très fort vent dans le dos. Je roule facilement à 35 km/h et plus à la tête du deuxième groupe (les fusées Marion ayant déjà décollé) avec une FC entre 140 et 150, ce que j’avais jugé assez lente pour ne pas m’épuiser… erreur! J’amuse les autres en sautant les dos d’âne à Richelieu style Napoléon Dynamite:


Ever take it off any sweet jumps?

On tourne vers le Sud en sortant de la ville et soudainement le rythme est un peu trop vite pour moi, je laisse tout le monde s’éloigner et je roule tout seul, mais quand même assez rapidement, car je me suis dit «faut profiter du vent tant qu’il reste de mon bord». Erreur! Je rattrape Casey, qui avait fait une courte pause pour enlever ses jambières (il faillait chercher un peu plus loin que la site web de MEC pour trouver cette traduction de leg-warmers…) et on roule ensemble un bon bout. Surprise, il vient lui aussi d’Alberta, comme tout le monde qui parle anglais, il me semble. Dès la première colline on rattrape la gang et on les drop presque immédiatement, eux qui ont la fâcheuse habitude de pédaler dans les descentes – pourquoi?

Arrivé à Frelighsburg et départ même avant 8h30, je fais ma pause très courte comme d’habitude. J’achète deux sacs de fromage skouik-skouik pour la route et je suis Martin “Defrag” en partant vers la Joy Hill. Il est un peu plus vite que moi mais je roulerai plus ou moins avec lui le reste de la journée. Pour le moment mes réserves d’énergie semblent correctes. Je mange, je bois du Tang, je grimpe Joy Hill et Scenic en 34×26 avec une FC vers 160 et je me sens bien. Je porte encore les manches d’appoint et les jambières, et mes orteils sont encore un peu gelés.

Descente de la Scenic, je dépasse brièvement Olivier, car non seulement je ne pédale pas dans les descentes, mais je ne freine pas non plus! La vallée Mississquoi s’est transformé en tunnel de vent et je file encore très vite sans me forcer du tout… mais je me rends compte que je ne suis plus correct. Les jambes ont mal et la FC ne dépasse plus 130. Je me dis qu’il faut simplement manger et boire plus, je récupère en selle, c’est ça, profites-en du vent pour relaxer. Je n’arrête même pas à Mansonville… la tête dans le sable, tout va bien, pas de souci! Les Marion me dépassent (wow, j’avais une avance même sur eux! chic!) mais c’est pas grave, ils sont des machines. En outre, il fait beau.

Le vent commence à tourner.

Je manque d’eau.

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Les côtes de Knowlton Landing sont vraiment pénibles, je me souviens. J’arrive à la 245 et c’est clair, je suis bonké solide, et il faut encore me taper Bolton Pass, qui malgré son nom n’a rien d’un col, mais s’est quand même transformé lui aussi en tunnel de vent, cette fois de face. Misère… Martin me rattrape avant Knowlton et, en voyant mon état, me suggère d’arrêter au IGA, ce que je fais le temps de caler un Pepsi et finalement remplir mes gourdes. Je me convainc que je me sens mieux et ça tient, plus ou moins, jusqu’à Sutton.

J’ai un peu de vertige. Je cale un V8 et je mange. Je repars très vite, encore pensant me debonker en selle. Partir à 13h55 c’est vraiment un bon temps! Même si je trouve le parcours du 400 archi-niaiseux, c’est génial de pouvoir saluer tout le monde en partant de Sutton tandis qu’ils y arrivent. J’ai peut-être l’air en forme mais je me sens encore un peu bonké, la FC ne dépasse pas 120 et les cuisses me brûlent encore. Récupération en selle pour du vrai sur ce tronçon, je réduis ma vitesse à environ 20 km/h et finalement je traverse la 10 et j’atteigne le «Motel-Dépanneur» de Waterloo pour prendre mon égoportrait habituel avec le drôle de ver de terre sur leur pancarte.

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Martin repart un peu avant moi et je me dis que je ne le verrait plus avant St-Césaire. J’enfourche encore ma vielle selle Avocet (qui me convient mieux que toutes les Brooks que j’ai eu de ma vie, étrangement) et je me pointe, finalement, vers Eastman, 80 km après avoir vu la pancarte «Eastman 15km». Osti de parcours de marde! Néanmoins j’ai le vent dans le dos et je me sens bien, mon sac est rempli de toute sorte de bonbons surettes et je me suis remis du bonk, finalement.

Tourne sur Chemin Georges-Bonaille, c’est beaucoup plus agréable que l’année passée. Je m’amuse en remarquant que le mont Chauve est vraiment chauve. C’est impressionnant comme le paysage a changé depuis que je suis passé par ici en ski en mi-Mars – on est passé de noir et blanc au vert partout. Et voilà, le fin fond du rang A, j’arrive à la 220 et je m’apprête à affronter le vent.


DOOOOOM!

Je monte à 10 km/h, je rentre dans un mur de vent, et je descends la côte en me cachant derrière le guidon le mieux possible… pour remonter encore. Ça me fait souvenir les brevets en Ohio qui ne comportait que ce genre de chemin … sur 200 km. On est-tu bien au Québec. Pause-pipi à Sainte-Anne-de-la-Patente, encore de côte, mais finalement j’arrive à Warden, je tourne, c’est effectivement très beau le petit chemin vers Shefford.

Et voilà, ce à quoi je m’attendais, la 112 et les 100 km de «descente». C’est beau, ça roule vite, et voilà… Martin, qui a raté le virage à Warden et ainsi ajouté 3 km à son brevet. J’ai donc quelqu’un pour m’accompagner à St-Césaire!

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Miraculeusement, Éole décide de nous quitter dès le coucher du soleil! On file donc bien vite au contrôle, 25 km/h, comme si on n’avait pas déjà fait 330 km de route. Je m’empresse d’arriver au Subway car j’ai vraiment, mais comme vraiment besoin d’une toilette – en sortant de la salle de bain je me retrouve dans une longue file d’attente pour mon sandwich – zut!

Un souper agréable avec Martin, on ne traîne pas trop longtemps car il fait déjà froid. Je mets encore mes manches d’appoint. J’avais avalé un peu trop vite mon sandwich et en passant un dépanneur à Rougemont je me sens en besoin d’être dépanné, donc je laisse partir Martin, qui finira dans 17h59, et je prends un Coke et une somme sur le banc de pique-nique quelques minutes, le temps de calmer mon estomac. Il semble bien fonctionner car je repars en forme, roulant facilement à 25 km/h jusqu’à Chambly et encore plus vite à travers! Des ados roulent à vélo sur le bord de la 112 sans lumières et j’évite de justesse de leur rentrer dedans…

Je n’ai jamais été aussi heureux de me retrouver à Longueuil. Je me mets à chanter à voix haute:

Tellement heureux que je me retiens de sacrer en faisant la boucle insensée dans Brossard qui sert juste à prolonger le brevet de quelques kilomètres. Je termine mon brevet dans 18h14 et je me paye une beigne avant rentrer à Montréal juste après minuit. La vie est belle!

Pour le 600 je n’ai qu’un objectif: pas de bonk.

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