Jour 1 du mini-défi: Montréal – Ste-Anne-de-Beaupré

by dhdaines

Je me suis réveillé pour du bon un peu avant 4h, avec l’intention de partir avant 5h, ce qui s’est enfin produit malgré la crevaison inattendue que j’ai trouvé dans mon pneu avant en montant mes sacs sur le vélo.  Les rues étaient encore mouillées avec la pluie nocturne et il ventait assez fort du nord-est, ce qui augurait mal pour mon trajet de la journée.  Heureusement, je n’ai eu droit qu’à quelques petits averses dans le coin de Boucherville, mais le vent a resté un peu contre moi tout le matin.

D’abord j’ai pensé éviter la 132 et passer par les rangs entre le fleuve et le Richelieu, mais j’ai entendu de ma voisine Contrecœuroise que cette route que j’ai déjà traitée de « pire route du monde » s’est refait une beauté tout dernièrement et convient maintenant aux vélos.  Ce qui est à moitié vrai.  En effet le tronçon entre Varennes et Verchères qui m’a tellement agacé il y a 3 ans est maintenant très beau, ayant même une désignation de Route Verte 5 (je suivrai cette Route Verte en petites pièces toute la journée), mais les 10 km entre Verchères et Contrecœur sont encore hyper-maganés et il m’a fallu me tasser pour des (h.. de c.. de) pick-ups qui ne voulait pas céder la chaussée une ou deux fois. Mais voilà, je suis encore vivant, comme vous voyez.

Contrecœur, voyez comme c'est beau!

Contrecœur, voyez comme c’est beau!

Parlons de Contrecœur, cette ville m’a fait beaucoup rire avec son slogan, affiché juste à côté des immenses acieries et champs recouverts de poussière rousse à l’air pas mal toxique.  J’ai aussi remarqué la forte tendance architecturale des maisons toutes neuves en style « bunker » le long du fleuve tout en me rappelant que c’est ici où se trouve le domaine familial d’un certain M. Boucher.  Mais non, en fait, il y a des vrais joyaux de maisons patrimoniales tout le long de la 132 aussi, c’est franchement beau quand on n’est pas en train de filer entre des usines chimiques et d’éviter les nids-d’autriche.

Assez vite rendu à Tracy, j’ai pris la piste qui longe le Richelieu au lieu de passer par les acieries cette fois, ce qui m’a fait encore visiter la tombe de Wolfred Nelson, peut-être le seul maire pas corrompu de Montréal, et un grand humaniste de son époque, qui militait aussi contre la peine de mort et pour le traitement humain des prisonniers (et oui qui fut Patriote, etc, etc, 1837, blah blah).  Je dirais que je le trouve triste que Cartier possède son monument sur la Montagne, Papineau sa station de métro, tandis que Nelson doit se contenter de cette pierre modeste à Sorel, mais c’est peut-être comme ça qu’il l’aurait voulu…

La tombe de Nelson, prise deux

Here lieth God’s greatest work, an honest man.

Je suis sorti de Sorel par la très belle piste cyclable de la Sauvagine, qui traverse des champs et des boisés des basses terres du lac Saint-Pierre (en effet, une immense delta des rivières Richelieu, Yamaska, et Saint-François).  J’ai vu qu’il y avait de la construction sur la 132 à côte et j’avais un peu peur en sortant de la piste (qui s’est terminée subitement à un charmant gazebo) d’être encore pogné avec pas d’accotement et des gros trucks, mais le chantier terminait juste après, ainsi que la circulation lourde (sauf quelques camions remplis de garnotte en route pour un autre chantier).  J’ai été repéré par la voiture de Google Street View un peu avant Yamaska. Il faisait encore moche et le vent n’était pas de mon côté, mais j’ai filé assez facilement vers St-François-du-Lac (qui semble être une grosse ville de restaurants et pas grand chose d’autre) et traversé à Pierreville, où je me suis arrêté pour prendre de l’eau et un petit diner en attendant 10h et l’ouverture du musée des Abénakis à Odanak (qui fait partie de la même agglomération que ces autres petites villes).  J’ai aussi magasiné des band-aids au Korvette, un genre de Tigre Géant propre au Centre-du-Québec (ou plutôt un Dollarama qui coûte plus qu’un dollar, je ne sais pas trop…) que j’ai vu partout partout dans la région.

Rivière Yamaska

Rivière Yamaska

Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre au musée, bien que j’aie vu le site web avec les descriptions des expositions.  C’est un musée plutôt petit mais c’est quand même assez pour passer une bonne heure ou plus – je me sentais un peu pressé car j’avais encore plus de 200 km de route à faire donc je l’ai fait en un peu moins d’une heure.  Après payer son entrée, on a droit à une présentation d’une immense carte de la Waban-Aki (terre du soleil levant, essentiellement la rive-sud du fleuve jusqu’à l’Atlantique, du Richelieu/lac Champlain/rivière Hudson jusqu’à la Nouvelle-Écosse) et ses environs à l’heure du contact avec les français, et une explication de comment les Abénakis se sont retrouvés ici dans ces 6 km2 en banlieue après avoir été maîtres de cet immense territoire.  Contrairement à ce qu’on pense souvent des Premières Nations au Québec, il semble que les Abénakis n’aiment pas beaucoup les anglais, car ils ont perdu beaucoup de leurs terrains (en effet ils étaient les seigneurs d’Odanak) dans la Conquête, ainsi qu’avec la colonisation de l’Estrie à partir de 1791.

L’exposition permanente commence avec un excellent film racontant la création du monde et l’histoire de Gluskab (celui qui s’est formé lui-même, oui, aussi celui qui figure dans une chanson de Voïvod) qui est d’une façon le héros-fondateur légendaire de tous les peuples Waban-Aki (non seulement les Abénakis mais aussi les Mi’kmaq et les Malécites).  C’est très intéressant d’entendre comment il a « réduit la taille des animaux » et « défait l’hiver pour que l’été revienne chaque année ». J’ai toujours été fasciné par comment les peuples ont vécu et se souviennent de la glaciation, ce qui n’est pas si loin dans le passé, et qui a entraîné tellement de changements au territoire américain.

On passe ensuite par une montage de la mode de vie traditionnelle des Abénakis, avec un canot en écorce très impressionnant, parmi beaucoup d’autres objets de la vie quotidienne, des très belles vanneries, des descriptions des saisons et leurs activités, et autres choses, comme j’ai dit, je me sentais un peu pressé de reprendre la route.  Dans l’exposition temporaire sur les chefs j’ai trouvé la mention d’un chef, Olivier O’Bomsawin, qui « se déplaçait à vélo aussi loin que Sorel et Nicolet » et j’aimerais en savoir plus !  Malheureusement, deux autres expositions venait tout juste de terminer il y avait une semaine avant mon passage, mais c’est pas grave car, encore, il me restait 200 km à faire…

Musée des Abénakis

Musée des Abénakis, Odanak

Je suis parti avec les jambes restés et prêt à me taper une longue balade sur le fleuve pour atteindre Lévis.  Je me suis dit que je n’arrêterai pas avant Lotbinière, à quelques 100 km de Odanak, mais finalement il m’a fallu remplir mes bidons un peu avant, ce qui m’a permis de découvrir un camping quasi-gratuit et assez beau sur le bord du fleuve à Leclercville. Pour m’y rendre, je suis passé par Nicolet, Wôlinak, Bécancour, et Gentilly.  J’avais peur que ce soit très laid et industriel, mais à part la section à côté de la 30 entre Bécancour et Gentilly qui m’a sûrement enlevé quelques années d’espérance de vie, c’est plutôt rural et surtout très tranquille, on dirait un coin oublié.

Nicolet

Nicolet

Tranquillement, les nuages ont commencé à disparaitre à Nicolet, et il faisait full beau à partir de Wôlinak, l’autre (toute petite) réserve abénaquise. En plus, le vent ne soufflait plus dans ma face ni de côté mais vraiment dans le dos.  Il n’y a pas grand chose à Wôlinak, une boutique d’artisanat et quelques usines qui appartiennent à la bande, bref, un petit village comme il y en a partout au Québec.  C’est un peu bête à dire, mais les communautés abénaquises ne ressemblent guère aux réserves que j’ai vu ailleurs au Canada ou aux États-Unis, avec l’exception des pueblos du Nouveau-Mexique.  Certes, je trouve que leur histoire est celle d’une grande injustice – un peuple de 40 000 qui contrôlait pas mal tout le nord-est de l’Amérique est réduit a quelques centaines sur quelques kilomètres carrés.  Or, sur le plan économique et culturel c’est une petite nation très dynamique qui fait sa marque en art, industrie, et éducation (car c’est à Odanak où se trouve le seul Cégep autochtone au Québec).  Bref, je les salue et j’aimerais retourner un jour pour voir une autre exhibition ou assister au pow-wow.

Wôlinak

Wôlinak

En fait, j’ai passé quelques heures à traverser la « ville » de Bécancour, qui devrait être au moins 60 km de large, et dont les routes cyclables sont un peu tordues.  J’ai beaucoup ri de la pancarte qui annonçait “BÉCANCOUR (Bécancour)” mais je ne l’ai pas pris en photo, zut.  C’était pourtant très beau la traverse de la petite rivière Bécancour sur ce vieux pont.  J’ai aussi beaucoup aimer les perspectives sur l’arche du pont Laviolette qui se dessinaient à l’horizon un peu partout dans le coin – impressionnant ce pont, dommage que ce n’est pas accessible à vélo.

BÉCANCOUR (Bécancour)

BÉCANCOUR
(Bécancour)

Finalement j’ai rejoint la 132 pour du bon à Gentilly, qui est pas mal beau et n’est pas du tout peuplé par des zombies radioactives.  Depuis ce point-là le paysage devenait très beau avec des vues sur le fleuve, des chutes, et des champs.  J’avais un peu peur que la 132 manque d’accotement mais il y avait tout le long de ce segment, et le traffic était très minimal aussi.  J’ai aussi remarqué que aussitôt parti le vent, les côtes sont apparues. Et finalement, enfin, avant Leclercville, j’ai croisé la pancarte pour la région touristique de Chaudière-Appalaches – youpi ! je suis dans le 418 ! et encore 120 km à faire…

Lotbinière

Lotbinière

Lotbinière c’est un très beau coin.  C’est là que je suis départi de la 132, pour couper la Pointe-Platon et épargner une dizaine de kilomètres.  Avant le faire, je suis arrêté à une boulangerie pour manger un genre de pizza et boire un café. Un couple en vélo qui dînait à l’autre table sur la terrasse est parti avec leur petit chien, qui ne voulait pas du tout rentrer dans le panier !  Le café m’a donner un boost d’énergie et j’ai vite atteint Ste-Croix et enfin Lévis, où j’ai échappé un cri de joie en voyant le pont du Québec…

Vue (très effrayant) du pont de Québec

Vue a partir du pont de Québec

…qui s’est transformer en cri d’alarme en voyant la « piste cyclable » du pont, en fait une plaque de métal d’à peine 60 cm de large, suspendu au-dessus du fleuve, avec du monde qui passe en contre-sens.  Tellement effrayant !  Miraculeusement j’ai survécu et je suis descendu au Corridor du Littoral pour contourner Québec en route à Ste-Anne.  J’ai remarqué l’absence quasi-totale de gens à vélo ou bien des gens point final.  C’est ça Québec.

Une basilique la nuit

Une basilique la nuit

Et voilà, enfin, il commençait à faire noir quand je suis sorti de Québec à côte de la 440.  J’avais l’intention de monter en haut des chutes de Montmorency et prendre la 360 (avenue Royale) pour aller à Ste-Anne, mais j’étais épuisé, j’avais peur des pancartes qui me disait 40 km encore à Beaupré (en fait à Ste-Anne-de-Beaupré c’est juste 30) et il faisait déjà très noir, donc pas idéal pour prendre mon temps en regardant les belles maisons.  C’est plate la 138.  Mais c’est plate aussi, et une piste cyclable la côtoie pour un bon 15 km.  Sur le petit bout de l’avenue Royal que j’ai pris je me suis fait klaxonné… C’est aussi ça Québec.

Après ça je me suis mis en mode full contre-la-montre sur l’accotement large de la  138, et je suis arrivé à la Microbrasserie des Beaux Prés vers 20h30, 325 km en 15h30, c’est pas si pire, comme on dit !  J’ai pris une dégustation de 3 bières, ma préférée fut la Route 138, une bonne double IPA.  La bière a eu l’effet de relâcher tous les muscles de mes jambes et je me sentais vraiment bien là – mais je ne voulais pas y rester trop longtemps avant trouver mon lit à l’auberge de la Basilique pour le soir.  J’aurais quand même du manger quelque chose, car il n’y a presque rien ouvert la nuit dans le coin sauf un McDonald’s, où je suis allé manger un wrap végé et la pire poutine de ma vie avant m’endormir pour la nuit.  L’auberge hébergeait beaucoup de vieux cathos qui sont venus pour un genre de conférence, mais il n’y avait personne dans les dortoirs, donc j’ai eu une chambre à moi seul pour juste 24 $ !

Enfin, la prochaine fois que je fais Montréal-Québec je choisirai la rive nord, car on y reste plus près du fleuve, c’est moins industriel, et c’est plus court par une dizaine de kilomètres.  Malgré ça, mes peurs concernant l’état de la route 132 ne se sont pas réalisées, et à partir de Gentilly, c’est vraiment beau, car on roule en haut du fleuve, et les montagnes en arrière sont plus impressionnantes que les petites collines de Chaudière-Appalaches ou les basses-terres du Centre-du-Québec qu’on voit de la rive-nord.

Et ce n’était que le « stage de transport » car le lendemain je suis parti pour Charlevoix…

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