Le retour du Vermont

by dhdaines

Après le festival des brasseurs, je suis parti en voiture pour rester chez mes amis à Marshfield, quelques 90 km en amont de Burlington sur la rivière Winooski. C’est un parcours étonnement plat pour le Vermont, et nous avons passé assez de temps après le festival pour évacuer l’alcool, mais, pas mal fatigué par le soleil et le manque de sommeil la veille, j’avais pas vraiment envie de me le taper en vélo. J’ai facilement embarqué mon vélo dans leur familiale Subaru (plus Vermont que ça, tu meurs) et hop.

Contrairement à son village voisin de Plainfield, où se situe un college à l’américaine et donc quelques établissements moyenne-de-gamme d’alimentation et restauration, Marshfield est un village assez typique du coin, c’est à dire une poignée de vielles maisons plantées le long de la route 2, un general store, et un bureau de poste, le tout niché dans des vallons verdoyants et parsemés de fermes laitières et fromageries.

Souper dehors à côté d’un feu dans sa cour c’est pas mal le sport national du Vermont, et c’est ce que j’ai fait avec mon ami et sa petite famille. Je suis tellement jaloux de leur cour, qui côtoie la rivière (bon, ce n’est qu’un petit ruisseau à cet hauteur) et où poussent framboisiers, bleuets, et un jardin remarquable dont leur fillette m’a montré ses rubans gagnés au club 4-H pour ses légumes. Plus tard, on a dégusté une Glutenberg IPA tout en remarquant que ça ressemble étrangement à … une bière !

La cour suprême

Le lendemain j’ai prévu partir à 8h pour me laisser le temps de rentrer à Montréal avant la nuit. Car le parcours de 209 km était assez bossé, je ne savais pas quelle vitesse serait possible et donc je me suis attendu à une moyenne de moins de 20 km/h. Finalement ça faisait 20 km/h pile avec les arrêts, dont un à la brasserie de Dunham où j’ai enfin bu la Berliner Weisse « BMW » que j’ai vu au festival. J’ai même réussi à partir à 8h05.

J’avais du mal à choisir entre ce parcours et un de 214 km, passant par Cabot sur la 215 et Hyde Park sur la 100, et ainsi évitant deux grosses bosses sur des routes qui semblaient au mieux être en gravier, au pire ne pas exister. Je me suis dit que pour ce qui était des côtes, ça allait dépendre de mon état physique le matin. Je me sentait en bonne forme, donc il ne restait que la question de l’existence ou non-existence d’un chemin entre Marshfield et Hardwick en passant par Coits Pond.  Heureusement, mon amie a su téléphoner quelqu’un qui y habite pour vérifier l’existence d’un tel chemin – merci !

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La route de Cabot

Après partir, je me suis arrêté au general store pour acheter des sacs de bonbons et jujubes pour la route (malheureusement le fromage skouik-skouik n’est pas très répandu au Vermont). Ça roulait assez vite en sortant de Marshfield, la temperature était un beau 20 degrés sous un ciel nuageux, et j’ai bientôt repéré le chemin West Hill qui montait vers le haut. Elle était soit en gravier très bien compressé ou en terre, mais c’était presque aussi facile à rouler dessus que l’asphalte (et bien plus facile que certaines rues de Montréal). La pancarte m’a pourtant bien averti de ce qu’elle me reservait:

Achtung!

Achtung!

Finalement ce n’était pas si pire que ça, en effet c’est devenu une route forestière en doubletrack avec des grosses roches ici et là. Il faillait quand même freiner mes ardeurs (et mes roues) pour la descente vers Hardwick pour souci de ne pas perdre mon sac à guidon. Dans la région, Hardwick possède encore une réputation de « dur à cuire », mais à ce que j’ai vu c’est une petite ville mignonne assez typique du Vermont, même si l’immobilier manque parfois de peinture. J’ai raté l’ouverture du co-op pour m’acheter des provisions plus grano que mes jujubes habituelles, mais il y avais un Tops Friendly Market à la sortie de la ville où j’ai pris un Pepsi et une boîte de barres tendres (que j’ai finit par ne pas manger…). Après tourner sur la 14 nord, le paysage est devenu du vrai bonheur, avec un petit lac, des vallons, des montagnes sur l’horizon sur lesquelles poussait des éoliennes.

Le paradis terrestre?

La route 14 au nord de Hardwick

Ça filait assez vite et je me suis rendu compte d’un léger vent dans le dos qui me suivrait jusqu’à Dunham.  Malheureusement, la route 14 passe à côté des très beaux villages de Craftsbury et Craftsbury Common, et puisque j’avais l’idée fixe d’une bière plus tard, je ne faisais pas le détour. J’avais peur de manquer le virage sur le chemin au nom insolite de Wild Branch mais enfin je l’ai trouvé – fini la vie facile sur le plat et l’asphalte, c’était de nouveau temps de grimper, et il commençait à faire chaud, vers 27-28 degrés…

le chemin Eden Mountain

Le chemin Eden Mountain

Ce n’est pas Appalachian Gap, mais la côte Eden Mountain est assez sérieuse – on parle ici de 282 m de dénivelé sur 8,2 km de gravier, avec des portions jusqu’à 23%, mais seulement 3% en moyenne. Avant le vrai sommet il y a même une descente très raide ou j’ai atteint 60 km/h, ce qui n’est pas tellement sage sur du gravier, mais bon, il faut s’en profiter. Je m’attendais à des vues panoramiques, mais il n’y en avait qu’à la fin en descendant vers Eden Mills, où une grosse montagne, malheureusement tachée par une immense carrière, est apparue sur l’horizon.  À Eden Mills, j’ai tourné sur la 100 – l’asphalte m’a fait souvenir les belles rues d’Outremont tellement c’était magané! Il y avait un dépanneur où j’ai fait le plein de Gatorade avant monter une petite côte et tourner sur la 118 – not a moment too soon, étant donné l’état pitoyable de la chaussée et le flux incessant de voitures et camions.

Bien que ça traverse les montagnes Vertes, la 118 est semblable au chemin Bolton Pass, c’est à dire ça ne monte vraiment pas beaucoup. Un petit vallon, un faux-plat descendant qui longe un lac d’extrème beauté et une montagne, disons, Verte, et c’est fini mon Bixi! Arrivé à un carrefour en Y, la 118 vire à droite et commence à descendre tranquillement pour une quarantaine de kilomètres, ensuite remontant une bosse avant la frontière. Je me suis arrêté à Montgomery Center où je trouve toujours du Moxie en king can, sauf que cette fois, ça se vendait en petite bouteile. Tandis que je mangeait et buvait mon butin, une paire de VTT-euses tout juste descendues de la montange et recouvertes en boue (en fait elles avait des motos tout-terrain mais je n’ose pas les appeler des «moto-crosseuses» parce que, euh…) m’a demandé si je m’appelait Jarod. Non, mais enchanté quand même! En deposant ma bouteille dans le récyclage j’ai salué un autre cyclo, qui m’a répondu avec un grognement incompréhensible.

It's wicked good!

It’s wicked good!

Cette échange, ainsi que la présence inhabituelle et croissante sur la route de cyclos vétus en lycra avec des montures toutes neuves, m’a laissé pas mal perplexe, avant que je me sois rendu compte que je roulais à peine 15 km de la frontière. Et oui, l’invasion québécoise du Vermont se faisait… à vélo! En effet, le cyclo non-verbal parlait peut-être pas l’anglais.

Une traverse facile de la frontière et je roulais de nouveau sur de la bonne asphalte québécoise (non mais en fait, la 132 dans le coin de Verchères à part, nos routes nationales sont généralement mieux asphaltées que celles du Vermont). J’ai passé par Frelighsburg, malheureusement sans croiser Pierre Foglia, j’ai monté la pente du chemin de Dunham pour atteindre une vue magnifique sur le Pinnacle, et j’ai ensuite descendu vers Dunham pour prendre la pause bière et frites que j’ai bien meritée, car il faisait maintenant très chaud.

Dunham

Dunham

La BMW est une Berliner Weisse un peu inhabituelle, car l’arome de houblon y est très présent, et c’est voulu. Heureuesement, l’amertume n’est pas au rencontre, et donc dans le fond c’est une excellente bière d’été, super rafraîchissante. Je n’étais pas du tout game pour la poutine car j’avais encore quelques 80 km à faire avant Montréal, donc je n’ai pris que des frites, lesquelles j’ai mangées à moitié.

Le reste, ce n’est vraiment que de la Montérégie, c’est-à-dire, plutôt plate dans tous les sens. J’ai quand même découvert l’utilité d’un moniteur cardiaque, qui peut servir comme un genre de cruise control pour éviter de s’épuiser sur une longue distance monotone. J’ai aussi découvert que la ville de Dunham est vraiment bâtie sur une pente. J’ai passé par le centre-ville de Farnham pour la première fois. J’ai vu des wagons du MMA à côté de la 104, auxquels j’ai fait un beau doigt d’honneur en mémoire de Lac-Mégantic. J’ai découvert qu’une route qui donne sur la 10, sans accotement, ce n’est pas forcément idéal pour faire du vélo.

Et finalement, alors que je filais à vive allure vers la ligne d’arrivée sur la piste cyclable de Chambly, j’ai pogné une méchante crevaison, du type qu’il vaut mieux réparer que remplacer la chambre d’air, car elle s’est produit par une coupure dans la gomme d’où le tube est un peu sorti, au moins assez pour se faire gratter pendant des centaines de kilomètres avant qu’il enfin se creuse. Donc, la rustine doit être appliqué en situ et le tube remis en place pour que ça s’aligne avec le trou. J’ai aussi mis un bout de plastique au-dessus pour mieux la protéger. Je suis pas mal fier de mes talents de réparateur de crevaisons – le tout s’est fait en moins de 5 minutes!

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Schezbzflat!

Et voilà, j’ai réussi à traverser Longueuil sans me perdre, surmonté le pont Jacques-Cartier et la rue Champlain sans vomir (true story), et je suis arrivé chez nous à 18h pile. Un voyage bien réussi, c’est sur que je le ferais encore. Je suis finalement très content d’avoir pris les bosses en gravier, car je n’aimais pas du tout le traffic ni l’asphalte pourri sur la 100, et j’imagine que la 15 serait pareille.

Victoire!

Victoire!

C’est la troisième fois que je fais Montréal-Vermont à vélo, et je le conseille à tous – on est chanceux d’avoir des destinations tellement de qualité à seulement quelques heures de vélo d’ici!

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