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Something, but almost nothing

ni, ni

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ni pour guérir le mal
ni pour comber le vide
parce que

le vide
comme le mal
est nécessaire

pour vivre
survivre
sur terre

L’attente

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Le tapis blanc en peau de chagrin
les pieds qui calent dans l’eau
les roues qui s’enfoncent dans la boue
le poids insupportable du printemps
la saison de toutes les attentes
la saison de l’espoir en confinement
la saison de l’amour decevant

Chant de ski

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Le chuintement des planches
dans un rythme joyeux
à moitié dans l’air
comme un serpent volant
à moitié par terre
comme un oiseau rampant
dans des traces
bien connues

la neige sculpté
tel un tapis marbré
éclairé, ombragé
hors limite
sans pareil

les skis sous la charme
des surfaces
enneigées

la croûte givrée
attend l’arrivée
immaculée

le bras glissant
sur la peau blanche
sous le souffle
amoureux

Aaro Hellaakoski, “Suksilaulu”
traduction libre

 

Dans mon jardin

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Est-ce que ça a commencé lors de mon passage à Santa Fe en août dernier?  Les daturas étaient en fleur partout dans la ville. Je les ai reconnues par leurs fleurs blanches démesurées en forme de trompette.  La trompette du diable, comme on dit en anglais.

Ou bien était-ce mon passage au Vermont il y a cinq ans déjà?  Mon amie herbaliste en cultivait et j’ai mal entendu leur nom, elle l’a dite comme “deterra”, et j’ai pensé, deter, ça veux dire dissuader, ces plantes sont donc à éviter.  Et bien sûr elle m’a aussi raconté que c’était une plante maléfique, qui fait ressortir le côté sombre de tout et chacun.

Ou bien c’est sûrement lorsque j’ai sorti ce livre de Leena Krohn de la Grande Bibliothèque, dont les citations ci-dessous sont tirées: Datura, or a delusion we all see Datura, ou un délire partagé par tout le monde.  Datura, tai harha jonka jokainen näkee.  Ce livre qui me fait pleurer involontairement chaque fois que j’y pense, sans pour autant que je comprenne la raison.

Kaikella aineella on äänensä, ensilumella ei.  Sen tulo on hiljaisuuden sadetta maan päälle, itsensä ikuisuuden lankeamista.

« Chaque matière possède sa propre voix, mais la première neige n’en a pas.  Son arrivée est la tombée du silence sur la terre, la chute précipitée de l’éternité elle-même. »

Il y a cinq ans, je me suis mis à cultiver la solitude et les ténèbres.  Et j’ai aussi commencé à écrire.

Je fais défiler mes photos de ce premier hiver datura, et je trouve des jours entiers remplis de carrés noirs.  Peut-être c’est mon ancien cell qui avait l’habitude de prendre des clichés de l’intérieur de ma poche. Peut-être c’est des blancs de mémoire dans un monde qui commence à virer à l’envers.

Kylmästä maasta katsoin vielä suurempaan kylmyyteen, etsin Linnunradan sumuvyötä, erotin tyhjyydessä tähtien kuvioita, jotka ihmissilmä oli keksinyt ja nimennyt.

« De la terre froide j’ai sondé une froideur encore plus vaste, j’ai cherché dans la ceinture brumeuse de la Voie Lactée, j’ai discerné dans le vide des figures formées d’étoiles, que l’œil humain avait inventées et nommées. »

À la fin mars de cet hiver-là, je me suis offert un voyage en solo pour mon anniversaire.  Il faisait encore froid et j’ai été gâté de nouvelle neige poudreuse.  Alors que je prenais une bière sur le perron du refuge au parc du Mont-Orford, une gang de fatbikeux est subitement apparue, des chiens à la traîne.  On s’est échangé des plaisanteries, ils se sont servis de la toilette sèche, et puis ils sont repartis dans la nuit. J’ai appris plus tard qu’un d’eux était fort probablement un vieil ami des années 90 avec qui j’avais perdu contact depuis trop longtemps.

Le lendemain une famille en ski de fond est venue partager le refuge avec moi.  On dirait le portrait type, l’idéal nordique, deux parents, une fille et un garçon, jouant ensemble dans la neige avant de partager un repas et une fondue au chocolat, dont ils m’ont invité à manger les restes.

Ça m’a tellement déprimé.  L’univers me les a-t-il envoyés pour me tourmenter?  Tout ce que je n’avais pas et que je n’aurai jamais dans cette vie.  Je suis reparti le lendemain pour bien assumer ma solitude au Mont-Mégantic.  La nuit je suis sorti dans un froid coupant regarder les étoiles, chose rare sur cette montagne voilée en permanence par des nuages.  Le matin, le mercure avait chuté jusqu’à -20 et j’ai essayé de grimper à l’observatoire en ski, mais j’étais sous-habillé et j’ai dû virer de bord sur la route enneigée pour éviter de me faire des engelures partout.

Même si on n’est pas croyant on a l’habitude de dire des choses comme “c’est l’univers qui me sourit dessus aujourd’hui” ou “l’univers m’en veut”.  Comme s’il y avait du sens dans tout ce qu’on voit et tout ce qui nous arrive, comme si les choses se passaient pour une raison quelconque. Mais l’univers n’a pas de sens. Il s’en câlisse ben raide de nous autres, de nos vies, de nos désirs, de nos souffrances, de nos aspirations, de notre colère et notre amour, de notre orgueil et notre humilité.  Il n’y a que le vide et la matière noire, insaisissable, impassible, incompréhensible, froide.

Merkkejä, hahmoja, kuvia, kirjoitusta löytäen jokainen silmä harhaa maailmankaikkeuden välinpitämättömyydessä.  Joka kerran on oppinut näkemään niin kuin ihminen näkee, löytää viestejä kaikkialta kosmoksesta.

« Des signes, des motifs, des images, des textes se trouvent lorsque chaque œil délire dans l’indifférence de l’univers.  Chaque fois qu’on apprend à voir ainsi, comme voit l’humain, on trouve des messages partout dans le cosmos. »

Les coïncidences se suivent et se ressemblent de plus en plus depuis que j’ai lu ce livre.

Je veux bien croire que c’est l’univers qui m’envoie des messages.  Je veux bien croire que la piste sur laquelle j’embarque est balisée, tracée devant moi par des forces majeures, que j’y suis emporté par le vent, que j’y tombe sous la gravitation.

Mais la vérité est que je l’ai cherchée, cette voie.  Comme on cherche le trouble.

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Liés par la sève

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Le Fort, la Poix & le Four

Des chansons me servent souvent comme inspiration pour écrire.

L’explication qu’on donne de cette chanson, qui a déjà fait, il semble, le sommet des palmarès en Finlande il y a une décennie, m’a toujours laissé sur ma faim.  L’humour absurde de la vidéo, qui n’a peu ou rien à voir avec les paroles, n’aide guère à comprendre.

Il se trouve que, par hasard, j’ai écrit l’histoire d’une femme qui se transforme en bouleau blanc.  J’ai toujours trouvé que les bouleaux sont les plus humains des arbres.  Leur espérance de vie est même semblable à la notre.

Et comme ça arrive, par hasard, j’ai trouvé ça cool qu’un personnage dans la nouvelle chantonne la toune ci-haut en travaillant, sans vraiment y penser, tout simplement parce qu’il est finlandais.

On trouve sur Internet que son titre provient d’un aphorisme finnois qui dit que, si l’alcool, le goudron de bois, et la sudation ne guérissent pas un malade, il sera sûrement mort.  Une phrase qui englobe bien la philosophie mélancolique de plusieurs peuples de la forêt boréale.

Viikate ont changé le sauna pour la hauta (je féminise, car il n’y a pas de genre en finnois, et ça a l’air féminin, et je suis étudiant à l’UQÀM) dans leur chanson et tout le monde le traduit par “la tombe”.  Mais il semble que leurs paroles jouent souvent sur les doubles sens: il existe aussi la tervahauta, aussi dit four à poix, qui sert à extraire le goudron (terva) des arbres et qui ressemble pas mal à une tombe.  Et aussi à une chambre à sudation.

Si on se transforme, mentalement, en arbre, il est facile de voir le parallèle.

***

Je vous laisse sur une traduction plutôt artisanale de la première strophe:

Écorche la bouche, arrache un lambeau d’écorce de bouleau
Les racines chevelues remontent les flammes des enfers

Du goudron, l’arbre, du goudron, le grain du bois et les cercles
(mais aussi “les raisons et les sociétés”)
(et aussi un jeu de mots sur “syy ja seuras”, la cause et l’effet)
Du goudron, les pensées, les goudronneux deviennent conscients d’eux-mêmes

Si le fort, la poix, et le four n’aident pas à morceler les ténèbres
La braise s’amenuise, les cendres s’assombrissent
Le froid gagne le foyer comme le gel qui rentre dans la terre – les cendres s’épaississent

Résumé d’un livre qui n’existe pas

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Le roman est une uchronie, mais à moitié.  Les trois protagonistes existent, voyagent, et agissent dans deux univers parallèles, dont le nôtre et un autre.  Il n’est pas question d’en franchir la frontière, le “couteau subtil” n’existe pas, ni l’instrument de la vérité absolue non plus.  Il n’y a que l’humain et ses aspirations vers un monde meilleur, les décisions qui en découlent et les dégâts qui se produisent à travers toutes ces erreurs qui s’accumulent au fil des ans.  Le fond philosophique est la vieille question existentielle, comment vivre avec la reconnaissance que chaque geste aurait pu tout changer.  On a tendance de se souvenir de certaines de nos actions, qui nous ont marqués personnellement, comme décisives en ce sens, mais l’histoire nous montre que les choix qui façonnent l’avenir semblent plutôt aléatoires dans l’optique du temps.

Les deux hommes du récit (des deux réalités) veulent d’abord réparer leurs propres vies, et la femme veut surtout réparer son pays (et le monde aussi).  Pour les deux personnages qui habitent le monde réel, cette rédemption leur apparaît à portée de main, soit dans le pays d’à côté, soit dans le pays qui existera bientôt.  Le monde à l’envers n’est pas un phénomène quantique, sinon le produit pur de leurs imaginations.  Les grands traits de l’autre monde sont tracés plutôt par des correspondances diplomatiques et des reportages, alors que le monde réel se dépeint dans le narratif et l’épistolaire.

L’une rêve de mettre fin au colonialisme et de libérer son peuple et son territoire.  L’autre rêve, au delà de racheter ses erreurs, d’un monde sans frontières, de la réconciliation entre nomade et sédentaire.  Celui qui se trouve dans le monde fantasmé subit, pour le bien et pour le mal, les effets secondaires de tous ces atavismes et de tous ces rêves.  Tout comme ces pensées éphémères, son monde va évoluer et changer aux caprices de ceux qui l’imaginent.

Enfin, on rentre dans le mur.  Le mur à la frontière, le mur de la défaite référendaire, et le mur le plus durable, celui entre ce qui est et ce qui aurait pu être.  Et pourtant même la muraille de Chine n’a su résister à une gang de Mongols qui ont finalement fessé un peu trop fort.

On se retrouve donc plus tard dans un avenir bien réel.  On ne peut pas clôturer la terre entière, le pardon existe, la nature reprend ses droits, la liberté s’exprime tant bien qu’elle le peut.

Un autre monde n’est pas possible mais il est nécessaire.

Ce qu’il faut

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Je l’avais cherché, le silence.

Je me suis dit que pour retrouver ma voix, il fallait repartir d’en-dessous de zéro, en cernant de silence le battement du cœur.

Le jour de l’An, par -23 degrés, j’ai regardé lever le soleil sur le terminus Cartier à Laval en attendant l’autobus vers le Nord, un sac au dos et des skis à randonnée dans la main. Sur l’aréna à côté de la gare est peint un mural rappelant le logo de la ville, un assemblage eschérienne de murs en perspective colorés, signifiant, on imagine, la marche vers l’avenir. J’y vois plutôt un labyrinthe sans issue.

On a beau morceler le territoire des proches-Laurentides en lotissements de villégiature, en chalets-nature de 24 pièces, en nouvelles banlieues de la banlieue, un lac gelé reste une zone de liberté éphémère, une surface qui appartient à tous et à toutes et à personne. Et sur le lac Pas de Poisson, dans le calme de la tempête, au centre d’un univers monochrome, les gros flocons clouant au sol le murmure du monde, j’ai failli trouver ce que je cherchais. J’ai glissé jusqu’au centre du lac, pour m’entourer du vide, cessant le faible martèlement de mes bâtons contre la banquise pour ne ressentir que le va-et-vient du sang dans mes veines, pour m’ouvrir à la suite.

Sitôt arrêté, deux skieuses m’ont salué en cherchant une balise. Nous sommes échangé des plaisanteries sur la température et répartis, chacun suivant les traces de l’autre. Au retour à l’auberge, j’ai soupé en lisant un roman, puis je me suis endormi sans rien écrire.

Le silence est souvent associé à la nature sauvage, aux grands espaces, et au Nord. On a tendance à penser que le silence est préalable à tout travail d’introspection, de contemplation, de création. Et pourtant, la nature n’a rien de silencieuse, à défaut de s’asseoir dans l’oeil d’un ouragan. Les grands espaces ne sont-ils pas aussi, dans les clichés des agences de voyage, balayés par le noroît et remplis des cris des loups, des grincements des arbres, des gazouillis de grillons ou de faux-grillons? Le Nord n’est-il pas aussi le paradis de la motoneige et de la carabine?

En Laponie finlandaise, il se tient chaque année un festival du silence, où se produit sur scène du cirque et de la musique tout sauf silencieux. Le silence, d’ailleurs, s’y exprime par des mots plutôt difficiles, hiljaisuus en finnois ou jaskatvuohta en same du Nord. Dans la poésie innu-aimun de Joséphine Bacon, le concept du silence se traduit par apu tshekuan petakuan, littéralement « quelque chose qui ne s’entend pas ». Dans le 4’33” de John Cage, ce n’est pas le silence qu’on écoute mais plutôt tous les sons ambiants qu’on n’aurait pas remarqués autrement.

On a beau chercher le silence, on ne le trouve qu’en opposition au bruit et surtout en relation à la parole. Le silence absolu n’existe que dans le vide absolu, là où il n’y a pas d’oxygène, où nul ne peut respirer, où nul ne peut parler, où nul ne peut survivre.

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Je l’avais cherché, l’éloignement.

Au pied du massif du mont Mégantic, il faisait 7 degrés et de la pluie. L’hiver tirait à sa fin. Je me sentais pressé. Je suis monté au refuge du mont Saint-Joseph dans la brume, en sueur dans mes grosses bottes imperméables qui me faisaient mal aux talons.

Cette montagne, je l’avais déjà contournée deux fois à vélo, à mi-chemin sur un parcours de 600 kilomètres. Vue de la route nationale 212 au coucher du soleil, et invisible de la 214 dans la noirceur, elle ressemblait à une forteresse basaltique entourée en permanence de nuages, en-dessous des ténèbres et au-dessus d’une terre dépossédée, un pays de fanatisme et de désolation. La Haute-Estrie me paraissait rien d’autre que la fin du monde, avec ses chemins solitaires en ligne droite, tracés à travers des forêts sombres de conifères, sans égard au terrain et aboutissant abruptement à la frontière. Çà et là on y a posé des crucifix grotesques et démesurés, peints de couleurs fantasmagoriques et inscrits en latin, qui veillent sur les hauteurs.

J’avais apporté des chandelles, un carnet, un stylo-bille, deux canettes de bière et quelques poches de nouilles à manger. Seul dans ma tour maléfique tel un sorcier de Tolkien, j’allais retrouver mon pouvoir d’écriture. La nuit tombée, le vent s’est mis à souffler et la bruine est devenue verglaçante. La petite cabane d’une pièce se baignait dans une faible lumière rougeâtre doucement clignotante. Ici, au sommet d’une montagne plus ou moins sacrée, j’avais choisi de m’isoler à côté d’une antenne de communications.

J’ai écrit à peine deux pages en buvant les bières, et le lendemain j’ai posté directement sur Instagram des clichés de mes raquettes givrées.

Le sentiment d’éloignement figure sur une carte à géographie variable. En remontant l’autoroute 91 de New Haven, le nord-est du Vermont a des relents d’un trou perdu habité par une faune humaine aux mœurs suspects, alors que de l’autre côté du 45e parallèle se trouvent la Route des Vins et les bistrots branchés de Sutton et de Magog. La halte routière sur l’autoroute 15 en sortant de St-Jérôme se targue d’être la Porte du Nord, ce qui devrait tuer de rire n’importe quel résident de Schefferville ou d’Oujé-Bougoumou, qui sont à leur tour bien plus méridionales que les grands métropoles scandinaves et russes.

Peut-être faut-il plutôt de l’éloignement mental, celui que Annie Dillard décrit avoir trouvé dans une pièce en béton sur un toit en goudron dans son Writing Life, car la descente en soi est par définition une descente au milieu de nulle part. Comme on oppose souvent l’écriture et la vie, il faut s’extirper de la vie quotidienne, ce qui se fait également de près ou de loin dans notre monde hyper-connecté. Le pôle de l’inaccessibilité se prend en égoportrait à tous les jours. La vie intérieure, elle, n’est même pas sur MySpace.

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Je l’avais cherché, la solitude.

La neige durable avait battu en retraite vers les ubacs des hautes Laurentides. À Montréal, c’était le festival de la crotte de chien à moitié dégelée. Ma conjointe était partie encore quelques semaines sur une résidence artistique, et je me suis retrouvé un samedi après-midi seul dans la grande aire ouverte cuisine-vivoir-studio-atelier de notre ancien appartement du dernier étage, face à une fenestration immodérée construite à l’emporte-pièce de trois portes coulissantes bon marché, donnant sur une terrasse délabrée à moitié déneigée. Il y avait des provisions au frigo et une vieille chienne grise qui dormait au lit et qui m’ignorait complètement dès le déjeuner jusqu’au souper. J’avais fermé les calorifères pour laisser le soleil printanier chauffer doucement la pièce. À vrai dire, je n’aurai pu mieux imaginer comme espace de vie. Pourtant en matière d’écriture, j’en arrachais.

Il fallait changer de place. J’ai fermé l’ordinateur et je suis sorti dans la rue avec seulement un carnet et un crayon. À deux coins de rue j’ai croisé la microbrasserie du quartier. Il faisait sombre à l’intérieur et la clientèle vaguait entre les tables et le trottoir. Je suis entré et passé à travers le flux de monde pour m’installer au fond du bar, où je me suis commandé un grand verre de la bière la moins alcoolisée. Puis, je me suis mis à écrire, à main, en encre, dans un cahier Canada ligné. Tout l’histoire d’un personnage s’est pris forme devant moi, sa lutte contre soi et contre le regard des autres, sa fuite et sa rédemption. J’ai passé tout l’après-midi et la soirée à écrire, seul mais entouré de monde, mes mots exposés sur la place publique mais dissimulés par l’anachronisme du stylo-bille. Je suis sorti dans la nuit, saisi de ma création, dessaisi de mon angoisse, rassasié de petite bière et de grosses idées.

À mon retour le chien m’a failli dévorer la main droite tellement elle avait faim.

On écrit pour les autres, mais souvent à l’abri du regard des autres. Cependant, s’il faut de la solitude pour écrire, comment expliquer la prolifération d’ateliers de création collaborative, les exercices de poésie en direct, et toute la filière de l’improv? L’existence même de la figure du scripteur témoigne de son désir d’être vu en écrivant.

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Je l’avais cherché, l’espace.

Un été, mon père venait de passer presque un mois à l’hôpital. Finalement, en entendant qu’il faisait une septicémie, je me suis acheté un billet d’avion pour aller le visiter. Réveil à 4h30 un mardi matin, cinq heures et demi en classe sardine pour me rendre à Victoria. Je me suis dit que ce temps me servirait bien pour travailler; j’avais pris soin de transférer le code source des logiciels sur lesquels je travaillais sur mon ordinateur portatif pour m’y remettre durant le vol. Toutefois, en ouvrant l’écran j’ai tout de suite parti un fichier de texte pour écrire tout sauf du Python.

J’avais en tête deux romans depuis à peu près trois ans, mais très peu écrit de l’un ou de l’autre. Tout d’un coup, en dépassant les dix-mille-pieds d’altitude, j’ai perçu le fil conducteur entre ces récits, entre les grands thèmes qui s’y dégageaient. J’ai travaillé et retravaillé un court essai pour m’orienter, et ensuite j’ai nommé les chapitres et rassemblé les fragments qui traînaient dans mes répertoires.

Dans cet instant j’ai tout connu des personnages, du monde qu’ils habitaient, mais surtout du monde dont ils rêvaient et du monde qui aurait pu être. Dans mon orgueil je me suis convaincu de la nécessité d’écrire ce qui est devenu un seul livre, comme si ces désirs de ces personnes fictives de réparer leur vie, de réparer l’histoire, seraient assouvis par l’acte de les réaliser, ne serait-ce sur papier. Dans mon état plutôt fragile je n’ai pu me retenir de pleurer, tout en essayant de le cacher en me mouchant le nez d’une serviette en papier. En atterrissant, la femme d’à côté m’a offert un tissu et, un peu gêné, j’ai menti en disant merci, je suis un peu enrhumé, j’ai le nez qui coule… Elle m’a raconté qu’elle avait passé le vol dans une tentative d’écrire l’hommage qu’elle allait offrir prochainement à son frère lors de ses noces, mais ça l’avait trop ému et elle s’est trouvé au bord des larmes avec rien d’écrit, ou presque.

Mon père m’attendait à la sortie de l’aéroport, maigri d’une quinzaine de livres mais debout sur les deux pieds et bel et bien vivant. Le roman, par contre, repose encore au fond d’un tiroir infonuagique.

Le non-lieu selon Marc Augé, c’est un endroit artificiel de la surmodernité, où l’identité ne se construit pas et où les relations humaines authentiques ne peuvent exister. Tous les espaces associés au transport aérien sont des non-lieux à divers degrés. Les aéroports, les cabines d’avion, les passerelles d’embarquement, les magasins hors taxe, les salles d’attente: ce sont des endroits sans histoire qu’on occupe sans les habiter. Mais dans cet anonymat transitoire, où très peu est permis, il est quand même possible pour deux étrangers de partager un profond saisissement mutuel, dissimulé mais néanmoins réel. Comme des adolescents qui flânent dans le stationnement d’un centre d’achats à Chicoutimi-Nord, comme tout geste d’humanité, l’acte de création peut transformer même le non-lieu le plus stérile en espace de vie.

Que faut-il donc, pour écrire, pour vivre?

La nature? Le silence, la solitude, l’éloignement, l’espace?

L’écriture, la vie.

The Forest and the Desert

Most of my time spent writing lately has been in the context of a workshop class at UQÀM, the end product of which is a pair of short stories.  Along the way I ended up writing the second one three times, three different ways, though this wasn’t actually required by the course.  I was just unable to decide whether to follow through with my original concept.  I think, in the end, that I’m glad I did.

It is possible that I will simply publish the two final pieces on the blog here as it seems wrong to separate them, and the chances of them being accepted for publication elsewhere are probably approximately zero.  For those who won’t read them anyway (since they are in French) and yet somehow find themselves reading this, they are the story of a grieving mother and a daughter, set between the suburbs of Montréal, Los Angeles, the foothills of the Canadian Shield, and the high desert of California.  In English, we “go through” or “get over” a loss or a period of mourning, while in French we go across it: traverser le deuil.  As if crossing a forest or a desert, on skis or on foot.

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As human beings we all ultimately descend from the deserts of southwestern Africa.  The desert is a place we can live with very little technology, cooled by our smooth, sweaty skin, carried across the sand by our long legs, “born to run” as the eponymous book puts it, in search of food and water.  Yet technology is also what makes us human.

A forest is only inhabitable through the mastery of snowshoes, skis, furs and fire.  Across the long boreal axis stretching from Sápmi to Nitassinan, a timeless blueprint for living emerged, descending to the plains and the seas in the summer and returning to the woods and the swamps in the winter, when snow and ice make it possible to move again.  But in the temperate climates of western and southern Europe, rather than live with the forest, we learned to fear and hate it.  Anthropogenic climate change did not begin with the steam engine but with the deforestation of the Mediterranean basin.

It is too late to go back to this way of life, and most of us, myself included, probably would not want to.  It is even more unthinkable to return to the desert.  To believe otherwise leads inevitably to the madness of Pentti Linkola or Ted Kaczynski.  And yet this is a great, fundamental loss we have not even begun to get over, un deuil primordial dont on n’a même pas amorcé la traversée.

True Nordic Wax Metal: The Definitive Guide

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A little-known offshoot of the Scandinavian ski metal scene was the short-lived but immensely influential Second Wave of Wax Metal.  These bands took their influence from the song “Wax Metal” by the British band Venom, who had probably never skied a day in their lives.

The classic album defining the genre is “Under the Sign of the Wax Mark” by the Swedish band Waxory (portmanteau of “wax” and “factory”), consisting of the enigmatic and mysterious Voithon and a rotating cast of studio wax technicians.  This album featured the timeless rippers “P-Tex Candles” and “Enter the Eternal Iron”.

Norway was not to be outdone, and the most long-lasting wax metal band of all time (though they now claim to simply be “Skiing Metal Punks”) is Waxthrone, hailing from the suburbs of Oslo.  Their early work is all sung in Norwegian, with song titles like “Over Ny og Finkornet Snø”.  Like many Norweigian wax metal bands, a toxic air hung over the start their career, but they claim to never have burned any ski bases, or espoused fascism or fluorocarbons.

The “controversial” aspect of the scene is symbolized by the Finnish group Satanic Waxmaster, who alienated many with their song “My Dream of (Grip) Tape”.  Another slightly shady Finnish bad was Fluorinated Nazarene, who played a hybrid of wax and skin metal on their album “Uudelle Lumelle Perkele”, and were criticised for their hydrophobic lyrics.

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In response, some Canadian and Italian ex-pats in Norway founded Laurentian Forest, whose album “Black Shining Klister” included a scraper in the LP version, and could only be played after being chilled to -5C or below.